5 questions sur la technologie hybride à l'expert Mark Pecqueur

« L’hybride est le meilleur de deux mondes réuni »

Les émissions de CO2 ? Les journaux ne cessent d’en parler. Pour protéger le climat, l’Europe a imposé des normes d’émissions aux constructeurs automobiles. Elles sont de plus en plus strictes, mais Suzuki prend ses responsabilités : en matière d’émissions de CO2, la marque fait partie des meilleurs élèves de la classe et en augmentant le nombre de ses modèles hybrides, une nouvelle étape ambitieuse devrait suivre. Que pense un ponte tel que Mark Pecqueur, professeur en technologie automobile à la Haute Ecole Thomas More, de cette évolution ?

Qui est Mark Pecqueur?

  • Professeur et chercheur en Technologie automobile à la Haute École Thomas More
  • Expert en moteurs et véhicules : apparaît régulièrement dans des programmes télévisés et radios, conférencier clé souvent sollicité
  • A collaboré à diverses études scientifiques concernant les émissions des véhicules et l’utilisation de l’hydrogène
  • Bachelier en Technologie automobile au Hoger Instituut Kardinaal Mercier
  • Master en Electronics à la Katholieke Industriële Hogeschool Antwerpen

Question 1 Selon les normes de CO2 européennes, un constructeur automobile ne pourra plus émettre que 95 grammes de CO2 par kilomètre en moyenne d’ici 2021. 59,3 grammes d’ici 2030. Cela va-t-il secouer le marché ?

« La discussion s’est longtemps limitée au choix entre l’essence ou le diesel. Mais sans révolution sensible, il sera difficile pour les constructeurs de satisfaire à la norme des 95 grammes. Les véhicules faibles en CO2 sont la solution. Et l’on arrive vite dans les véhicules au gaz naturel ou hybrides. L’avenir réside auprès des marques qui construisent de petits modèles : pour eux, il est un peu plus facile de s’adapter à l’hybride dans leur flotte afin d’atteindre cette norme. »


Question 2 Quelles sont les conséquences pour le consommateur ?

« Le consommateur ne sait plus ce qu’il doit acheter aujourd’hui. Et c’est dommage, car pour beaucoup de familles, une voiture constitue un grand trou dans le budget. Il y a 10 ans, vous receviez encore une prime si vous achetiez un moteur diesel, tandis que cette même voiture ne pourra plus rentrer dans la zone de faibles émissions d’Anvers à partir du 1er janvier 2020. Des engagements et des règles clairs ainsi que des normes fermes sont un besoin absolu en ce sens. Vous n’avez tout de même pas envie qu’une nouvelle voiture ne vaille plus rien dans plusieurs années. »

« Le consommateur ne sait plus ce qu’il doit acheter aujourd’hui. Des normes fermes sont dès lors un besoin absolu. »

Question 3 Un récent rapport du bureau d’enquête JATO, qui collecte et analyse les données du secteur automobile, a établi un classement des émissions de CO2 par constructeur. Suzuki y figure à la 6e position et a vu ses émissions baisser entre 2017 et 2018.

« Cela ne me surprend pas : Suzuki est resté fidèle à sa vision. Il continue à se profiler avec des moteurs performants de petite taille et ne se lance pas dans la course aux moteurs plus puissants et avec plus de capacités, contrairement à de nombreux concurrents. Cette surenchère fut à la mode pendant de nombreuses années, mais Suzuki n’a pas suivi la politique de ces modèles et a écouté ses clients. Aujourd’hui, c’est d’ailleurs son argument de vente : des voitures fiables dotées de moteurs avec un rendement élevé, qui sont assez petites ce qui leur permet d’obtenir de bons résultats en matière de CO2. Avec le recul, on peut s’apercevoir que c’était une bonne stratégie. »


Question 4 Aujourd’hui, on peut déjà opter pour la technologie Smart Hybrid Vehicle avec la Swift et l’Ignis. A terme, Suzuki a également l’intention d’introduire dans sa gamme des modèles full hybrides. Que pensez-vous de cette approche ?

« Si les constructeurs automobiles veulent rester sur le marché, ils ont besoin de ces adaptations quoi qu’il en soit. Les moteurs mild hybrid sont une étape assez simple : on gagne en émissions de CO2, mais comparé à un système entièrement hybride, cet effet n’est pas très spectaculaire. Si Suzuki passe au full hybrid, cela leur offrira un énorme potentiel. Ils pourront ainsi en demander beaucoup de leurs relativement petits moteurs, les circonstances idéales pour permettre à une formule hybride de prester de manière optimale. »

« Suzuki allie des véhicules fiables à de petits moteurs performants, ce qui leur permet d’obtenir de bons résultats en matière de CO2 »

Question 5 En résumé : avec un système entièrement hybride, la voiture alterne durant la conduite entre un moteur électrique et un moteur à combustion. La technique existe déjà depuis une bonne vingtaine d’années, pourquoi ces voitures ne percent-elles pas ?

« Il n’y a en fait jamais vraiment eu de réelle initiative dans notre pays pour passer à un mode de conduite hybride. Les prix des carburants sont restés assez bas pendant une longue période et les autorités n’ont montré aucun intérêt pour une reprise des émissions de CO2 dans la taxation. La situation a changé aujourd’hui : les avantages pour le consommateur sont évidents et un passage à l’hybride est donc intéressant. Pour le trafic en ville, c’est un choix idéal car on récupère beaucoup sur l’énergie de freinage. Les personnes qui parcourent beaucoup de kilomètres sur l’autoroute en profiteront moins. Ils s’intéresseront davantage aux moteurs à combustion. »

Conclusion

« Si les constructeurs automobiles veulent proposer une flotte intéressante fiscalement à leurs clients, ils devront plonger à terme sous la barre des 60 grammes de CO2 par kilomètre. Cela ne fonctionnera pas avec un moteur à combustion standard et quelques modifications. La conduite électrique à 100 % est toujours trop chère pour le moment et connaît ses limites. Les problèmes de recharge ne se posent pas avec les véhicules hybrides. L’hybride sera donc the next best thing to come. Le meilleur de deux mondes réunit. »

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